Histoire et Patrimoine de Canohès

 

Une ville de traditions...

La commune est mentionnée pour la première fois sous le nom de "Kanoas" en 843. Le nom "Canohès" est retenu à partir du XIVe siècle alternant avec la version catalane "Canoes". Six sites archéologiques sont d'ailleurs répertoriés sur le territoire. Aucun, cependant, n'a été jusqu'ici exploité.

Cependant, lors des travaux pour le passage du TGV, un site wisigothique, alors mis au jour à Manrèse, a été exploité et répertorié avant d'être détruit.

En 1972, des travaux aux abords du portail de l'église ont permis de mettre au jour divers tessons et fragments de brique romaines. D'autre part, dans les vignes, un vase d'offrandes romain a été mis au jour, de même qu'un four à tuiles, ce qui montre que le site de Canohès est occupé depuis l'Antiquité.

Au Xe siècle, Canohès devient possession de l'abbaye de Lagrasse, dont les moines asséchèrent sans doute les marécages s'étendant sur toute la Prade, en contrebas du village.

Au XIVe siècle, le village est fortifié (il n'en reste presque aucune trace) : il est probable qu'il se soit développpé autour d'une cellera beaucoup plus ancienne.

En 1767 Canohès compte 139 habitants, en 1774, 194 habitants, en 1790, 72 habitants.

Comme toutes les communes du Roussillon, Canohès est annexé au Royaume de France par le Traité des Pyrénées de 1659.

Canohès se trouve,en 1793, au centre de batailles de la guerre avec l'Espagne. Le 13 Pluviose de l'an V (calendrier républicain), Canohès compte 114 habitants, en l'an VIII 175.

Canohès développe son agriculture grâce à l'assèchement des marécages et le canal de Perpignan (ou Les Canals). Ce canal a été aménagé par le roi Jacques II de Majorque pour irriguer les moulins (à Canohès le Mas du Moulin en est un vestige) et les châteaux royaux. Il traverse Canohès de part en part, au delà du mas Gaffard (côté Perpignan) et jusqu'au territoire du mas Vézian, du côté de Thuir.

... et d'avenir

Canohès connaît actuellement une grande expansion du fait de sa proximité avec Perpignan : sa population a triplé en trente ans (4997 habitants au 1er janvier 2010).

Fête du Rosaire

La fête du Rosaire a lieu le troisième week end de mai.

MONUMENTS

L'église paroissiale Saint-Cyr et Sainte-Julitte

Elle est dédiée à saint Cyr, martyrisé en 304, en Cilicie, alors qu'il n'avait que trois ans, et à sa mère sainte Julitte. Sa fête est inscrite au martyrologe romain du 16 juin. Appelé aussi Saint Quirc, Saint Cyr est le saint qu'invoquent les femmes qui allaitent.

L'édifice proprement dit est située en plein centre du village et remonte au XIe siècle. L'abside, semi-circulaire mais sensiblement outrepassée, remonte à cette époque. Au XIIe siècle vraisemblablement, la charpente de la nef unique fut remplacée par une voûte en pierre.

Cependant, au XIXe siècle, on eut la malheureuse idée d'adjoindre deux collatéraux de part et d'autre de la nef romane (en 1876). Ces travaux causèrent l'effondrement de toute la nef. Il ne reste donc de roman, mis à part l'abside, que le massif occidental de l'édifice, ou du moins partiellement. Une restauration récente y a mis au jour une fenêtre géminée.

Le Lavoir

Le 27 octobre 1894, M. Fournols, architecte, dresse le plan du lavoir que l'on va établir sur le "Correch des Romanis".

Ce lavoir se composait à l'origine d'un bassin en ciment placé au niveau du sol. Modifié par la suite, il est toujours ouvert au public. Le lavoir est toujours utilisé aujourd'hui par quelques habitantes qui apprécient la température de l'eau, et pour y laver leur linge délicat.

Le tunnel de les Coves

Il n'est pas daté par les historiens. Il est probable que cette oeuvre a été réalisée ou du moins continuée et confortée par les moines Bénédictins de l'Abbaye de Lagrasse (située sur les bords de l'Orbieu dans l'Aude), dont Canohès était une possession du XIIe siècle jusqu'à la Révolution. La tradition aurait tendance à en attribuer la construction aux Templiers. Cet émissaire souterrain a pour vocation d'évacuer les eaux de la cuvette naturelle de "la Prada", qui collecte les eaux de pluie amenées par les "agulles", et est à l'origine du "Ganganell" qui arrose Perpignan. Ce tunnel n'était sans doute pas unique puisque l'on parle également de "Coves velles". Dans le passé, il a permis la mise en culture de nouvelles terres et l'assainissement du territoire.
Aujourd'hui, il assure toujours sa fonction qui est essentielle pour le village. En effet, son obturation provoquerait l'inondation de plusieurs hectares de terre.
Creusé sous un plateau, il se situe à certains endroits à 15 mètres de profondeur.

Ruisseau de "Les Canals"

Il amène l'eau de la Têt, et ce d'Ille-sur-Têt à Perpignan.
Il traverse Canohès, au nord, et son origine semble remonter au Xe siècle. Il a subi depuis l'origine diverses modifications. Il a été en effet fortement réaménagé par Jacques II, roi de Majorque, dont il est sans doute la réalisation la plus prestigieuse. Le ruisseau permet l'irrigation de la rive droite de la Têt et servait de source d'énergie à plusieurs moulins royaux. Bordé d'arbres qui dispensent une ombre bienfaitrice en été, propriété de la ville de Perpignan, le chemin qui le longe est aujourd'hui une très agréable promenade pour les canouhards, et sa transformation en piste cyclable est envisagée dans le Cadre de la voie verte entre Perpignan et Villefranche-de-Conflent.

Le monument funéraire d'Auguste Estrade (au cimetière du village)

Auguste Estrade était propriétaire du Mas du Moulin. Il est décédé le
6 septembre 1892.
Construit par l'entreprise Sarda de Perpignan sous le contrôle de M. Viggo Droph Petersen, architecte danois (Danemark 1851 - Perpignan 1937), selon les dessins de M. Estrade, ce monument funéraire a été terminé le 8 mai 1896.
En céramique romaine, il fait 11 mètres 80 de haut. C'est un monument d'inspiration hellénique : il rappelle le trophée chorégique de Lysicrate (-334) dont l'original se trouve à Athènes.

Sa construction a été commandée par l'Institut de France à Paris à qui M.Estrade avait laissé ses instructions.

Monument aux morts

Le Monument aux Morts se trouve dans un petit square devant le cimetière.
Il s'agit d'une stèle en granit d'une hauteur totale de 3 mètres 18, surmontée d'une Pietà en bas relief et de l'inscription "A nos Morts". Elle porte une plaque de marbre blanc sur laquelle sont gravés les noms des Morts pour la France du village : 45 morts lors de la Première Guerre mondiale et 12 morts lors de la Seconde Guerre mondiale.
Il a été inauguré le 14 juillet 1948 en présence de Louis Doutres, maire de la commune à l'époque, et du Docteur Guiry, président du Comité qui a initié et financé le projet par souscription publique.

Personnalités liées à la commune

Auguste Estrade (1817-1892)

Ingénieur, ancien élève de l'école Polytechnique, Auguste Estrade était propriétaire du mas du Moulin à Canohès. Il présente à l'Exposition universelle de Paris, en 1889, une locomotive "à grande vitesse" de sa conception, baptisée "la Parisienne", qu'il a construit en 1886. Il espère atteindre 120 km à l'heure, hélas les essais ne seront pas concluants et le projet restera mort-né.

Boniface Etienne Joseph ESCUDIER (Canohès 1875-1953)

Ouvrier agricole et petit paysan, militant socialiste ( puis séduit par les théories libertaires) et syndicaliste, Boniface Etienne Joseph Escudier fut aussi maire de Canohès de 1904 à 1912. Il fut l'un des principaux dirigeants et promoteurs des Syndicats Ouvriers Agricoles et Viticoles dans les Pyrénées Orientales. En avril 1907, il fait voter un emprunt de 3 000 Fr. pour ouvrir dans sa commune, des chantiers communaux, dont l'objectif est "de remédier au chômage qui sévit alors à Canohès, suite à la crise viticole..." Le 1er novembre 1911 au IIIème Congrès des Syndicats Ouvriers des Pyrénées Orientales. il fait adopter un ordre du jour contre le racisme et pour la solidarité avec les travailleurs immigrés. Après la Première Guerre Mondiale il reconstitue le Syndicat C.G.T. des Ouvriers Agricoles de Canohès et en est le secrétaire. Il se retire de l'action syndicale et politique et en 1937 est administrateur de la Caisse Départementale des Assurances Sociales. Son petit-fils, Romain ESCUDIER, a été maire de Canohès de 1977 à 2008.

Sources : E. Frenay "Les débuts du Mouvement Syndical Agricole des P.O 1894-1914 - Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Français de Jean maitron, Cahiers de l'Institut Maurice Thorez N° Paris 1966 - Archives communales - Journaux : "Le Socialiste des P.O. Le Cri Catalan" - l'Action Syndicale".

Julien PANCHOT

Résistant de la Seconde Guerre mondiale, Julien Panchot fut également l'un des chefs du maquis Henri Barbusse. Le 2 août 1944, Julien Panchot dit "Prosper", blessé aux jambes est achevé par les Allemands après l'embuscade tendue par la Résistance au convoi de troupes allemandes venues tenter de réduire le maquis (massacre de Valmanya).